La diversité des conditions climatiques et des caractéristiques géomorphologiques de l’Afrique a généré une grande variété d’habitats où se sont développées différentes espèces de faune et de flore. Les forêts africaines sont particulièrement diversifiées et constituent une source de subsistance pour des millions d’Africains auxquels elles procurent nourriture, vêtements, matériaux de construction, produits médicinaux et installations culturelles et de loisirs. Dans la mesure où nombre de ces ressources ne sont pas commercialisées sur le marché libre, aucune valeur n’a pu leur être attribuée. Les produits commercialisés, comme le bois, contribuent dans une large mesure au PIB. Des études ont évalué à plusieurs millions de dollars par an la valeur des ressources biologiques du continent africain.
La biodiversité de l’Afrique est de plus en plus menacée par la perte d’habitats naturels (du fait de leur conversion en zones urbaines, industrielles ou agricoles), la surexploitation (générée par la croissance démographique et la hausse de la consommation), la pollution (d’origine urbaine et industrielle), et l’introduction d’espèces étrangères (qui colonisent et modifient les habitats). Ces menaces devraient perdurer et s’accroître au cours des dix à vingt prochaines années du fait de l’accroissement rapide de la population et de la surexploitation des ressources naturelles dans la plupart des secteurs économiques. L’absence d’évaluation correcte des ressources naturelles est à l’origine d’une telle situation. Dans bien des cas, les ressources ne sont pas considérées comme limitées et ne font donc pas l’objet d’une consommation durable qui laisserait des ressources suffisantes pour régénérer la production et garantir de fait une offre continue.
Les sociétés africaines ont toujours reconnu l’importance
des ressources biologiques et recouru à des mesures de conservation traditionnelles.
Durant l’ère coloniale, la solution apportée au problème
de la perte d’habitats a été de définir des zones
protégées au niveau national et d’interdire la quasi-totalité
des activités. Le rythme actuel d’extinction d’espèces
à travers la région montre bien que cette mesure ne suffit pas.
Il est nécessaire d’intégrer les pratiques et connaissances
traditionnelles aux stratégies régionales de conservation, et
de fournir aux collectivités et entreprises commerciales des ressources
ou des biens de production de substitution. Se contenter d’interdire certaines
activités dans une zone ne fait qu’accentuer les pressions exercées
sur d’autres
zones et ressources. Différents modes de conservation ou de gestion locale
des ressources naturelles peuvent être envisagés. Ces approches
ont plus de chance d’aboutir dans les zones où l’on a pris
soin de comprendre la situation de la population locale et d’appliquer
la plus adaptée au vu des circonstances (Adams & Hulme, 2001). La
ratification de conventions internationales et l’élaboration de
plans d’action régionaux constitue un engagement politique en vue
de la résolution de ces problèmes qui doit être appuyé
par des ressources financières et humaines destinées à
assurer le respect des obligations contractées, mais également
par la mise en œuvre d’actions et de projets au niveau tant national
que sous-national. Il est important de tenir compte des inégalités
et des coûts locaux en termes d’amenuisement de la biodiversité
et de résister à la tentation d’essayer de s’en remettre
uniquement à une économie de libre échange (Western, 2001)
Des stratégies gagnant-gagnant doivent être mises en œuvre
pour assurer la pérennité des moyens de subsistance et des économies,
tout en
conservant une manne de ressources biologiques intacte et fonctionnant convenablement.
Nombre des ressources biologiques les plus précieuses ne sont pas cantonnées
à l’intérieur de frontières nationales ou sous-régionales.
Pour éviter les conflits, gérer et exploiter ces ressources durablement,
les pays africains et les regroupements sous-régionaux doivent coopérer
pour élaborer des politiques, des programmes et des projets destinés
à harmoniser les mesures de conservation et de gestion des ressources
dans toutes les régions à caractère écologique.
Cela nécessite un effort à long terme d’intégration
régionale de la gestion de l’environnement.