Des ressources biologiques de l’Afrique occidentale se sont dégradées
rapidement et ont même disparu depuis le début du siècle
dernier. Ce phénomène est imputable à des pratiques telles
le déboisement et les brûlis à grande échelle, la
surexploitation des végétaux et des animaux, l’usage aveugle
et continu de pesticides chimiques, le drainage et le remblaiement des zones
humides, les pratiques de pêche destructrices, la pollution atmosphérique,
la croissance urbaine et l’affectation des zones protégées
à des fins agricoles et d’urbanisation. Ces activités résultent
d’une croissance démographique non maîtrisée, d’une
pauvreté grandissante, ainsi que de priorités et de politiques
économiques inadaptées. Ainsi, pour des raisons
économiques, des concessions ont été accordées à
des sociétés forestières étrangères pour
exploiter les forêts tropicales humides d’Afrique occidentale et
fixer les prix des cultures commerciales, tout particulièrement dans
les années 1980. De vastes étendues d’habitats naturels
ont ainsi été déboisées en vue d’être
cultivées. Le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Liberia,
la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, la Sierra Leone et le Togo affichent tous
des taux de déforestation
annuelle supérieurs à 2 pour cent (FAO, 2001). La végétation
forestière qui subsiste se trouve actuellement dans des zones protégées
des pays côtiers. La forêt de haute Guinée s’étend
sur quelque 420 000 kilomètres carrés mais certaines estimations
avancent l’hypothèse d’une diminution de près de 80
pour cent de sa superficie d’origine (Conservation International, 1999).
Les étendues forestières restantes sont extrêmement fragmentées
et disséminées au
travers des frontières nationales. Les lambeaux de forêt qui subsistent
sont sévèrement menacés par la culture sur brûlis
qui fournit une grande partie de la production agricole de subsistance de la
sous-région.
Les savanes sont, après les forêts tropicales, les écosystèmes qui prédominent en Afrique occidentale. A l’instar des forêts, elles abritent des communautés d’animaux et de végétaux extrêmement variées sur le plan biologique. Toutefois, leur exploitation continue pour en obtenir des denrées alimentaires, du bois de chauffage et d’autres ressources propres à la savane a entraîné leur dégradation à grande échelle. A titre d’exemple, la dilapidation de la vaste et riche végétation de savane que l’on trouve dans les parties septentrionales de la sous-région a entraîné une diminution de la couverture végétale, des terres végétales fertiles et des espèces de la faune sauvage. Corollaires de l’instabilité politique au Liberia, en Sierra Leone et au Sénégal, les nombreux réfugiés de ces pays exercent des pressions supplémentaires sur les forêts menacées du fait de leur réinstallation dans ces zones et de la pratique d’une agriculture de subsistance.
L’instabilité politique créé en outre indirectement dans la sous-région une misère économique qui est à l’origine d’une surexploitation des ressources, d’une surveillance et d’une application insuffisantes des dispositions relatives à la protection. La disparition et la dégradation des zones humides constituent une autre menace majeure pour la biodiversité en Afrique occidentale.
Les zones humides côtières et intérieures d’Afrique
occidentale sont considérées comme des terres incultes offrant
un habitat aux ravageurs et représentant par conséquent une menace
pour la santé publique. Dans ce contexte, les zones humides d’Afrique
occidentale sont constamment menacées par les activités de développement,
notamment l’agriculture et la construction de ports. Le drainage ou le
remblaiement des zones humides modifie les régimes hydrologiques qui
n’offrent plus alors d’habitats adaptés à la faune
et la flore sauvages. Les effluents non traités provenant d’établissements
commerciaux et industriels avoisinants polluent en outre les zones humides côtières,
créant un risque de toxicité pour la faune et la flore.
La forte croissance urbaine dans les zones côtières a entraîné
la création de très grandes agglomérations dans la sous-région,
telles que Lagos (Nigeria), Accra (Ghana) et Abidjan (Côte d’Ivoire).
Ces villes sont situées dans le voisinage de zones humides côtières
qui ont, pour certaines, été dégradées par la pollution
et l’eutrophisation au point de devenir biologiquement improductives et
de constituer des ferments de mauvaises odeurs (CRDI, 1996). La lagune
Korle à Accra en est l’illustration parfaite. La dégradation
de l’écosystème des zones humides dans la sous-région
a par ailleurs été imputée à l’extraction
du bois utilisé comme combustible, pour la production de charbon de bois
à usage domestique et pour le fumage de poissons pour le marché.
Au Sénégal, une plante aquatique envahissante (la salvinia molesta
ou fougère d’eau) a été introduite dans le delta
et le parc du Djoudj en 1999 et s’est depuis lors répandue dans
de nombreux lacs artificiels. Elle constitue une menace sérieuse pour
le delta qui offre un habitat vital à de nombreuses espèces d’oiseaux
migrateurs.
La perte d’habitats n’est pas la seule menace qui pèse sur la faune et la flore d’Afrique occidentale. La demande de viande de brousse a favorisé la montée en flèche du braconnage. Le commerce international de produits dérivés de la faune et de la flore sauvages et d’espèces en voie de disparition est florissant. Une série d’études sur les primates menacés d’extinction des réserves forestières de l’est de la Côte d’Ivoire et du sud du Ghana menées entre 1993 et 1999 ont permis de documenter la première disparition recensée d’une espèce de primates largement reconnue, le colobe rouge de Miss Waldron (Procolobus badius waldroni). La cause première de sa disparition serait la chasse plus que la perte d’habitat (McGraw, Monah & Abedi-Lartey, 1998 ; Oates, Abedi-Lartey, McGraw, Struhsaker & Whitesides, 2000).
Des drills (Mandrillus leucophaeus) (cf. Afrique centrale) vivent également dans la région de la Cross River au Nigeria (Gadsby & Jenkins, 1998). A l’instar du gorille de Cross River (Gorilla gorilla diehli) gravement menacé d’extinction, cette espèce est cantonnée dans une zone située à la frontière du Nigeria et du Cameroun et dans une autre située à la frontière sous-régionale entre l’Afrique centrale et l’Afrique occidentale (Oates, 2001)
Pour se soigner, la population rurale d’Afrique occidentale recourt largement aux plantes médicinales. Le recours aux pratiques agricoles extensives et la tradition des brûlis annuels ont entraîné la disparition de nombreuses plantes médicinales, alors même que beaucoup de pays font tout leur possible pour promouvoir la médecine traditionnelle et l’usage des plantes médicinales.
D’autres espèces sont menacées par quelques espèces animales et végétales envahissantes. Le palmier des estuaires (Nipa) menace, par exemple, les mangroves du littoral côtier de l’Afrique occidentale et la fougère grand aigle s’immisce actuellement dans les écosystèmes de savane. Des végétaux envahissants tels que ceux susmentionnés épuisent les ressources en eau et nutriments disponibles dont ils privent de surcroît les espèces autochtones et amenuisent ainsi la biodiversité. Le tableau 2b.15 indique le nombre d’espèces menacées d’extinction en Afrique occidentale.
| Tableau 2b.15 Espèces menacées d’extinction en Afrique occidentale, 2000 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source: IUCN 2000a | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||