Avec le temps, les habitats de la faune et la flore sauvages de la sous-région sont de plus en plus menacés par les changements d’affectation des terres, notamment par les cultures commerciales, les cultures de subsistance sur brûlis et l’extension des établissements humains. Le manque d’infrastructures et le laxisme dominant en matière d’application des dispositifs de protection ont contribué à une déforestation excessive. Les campagnes de repeuplement menées par l’administration française, conjuguées à la migration vers les zones urbaines, ont également contribué au dépeuplement de vastes étendues forestières laissées de fait sans surveillance. A la fin des années 1980, une étude a estimé que seule la moitié des 404 390 000 hectares d’habitats de la faune et la flore sauvages subsistait (McNeely, Miller, Reid, Mittermeier & Werner, 1990).
Les pertes forestières constituent une source de préoccupation majeure en Afrique centrale. La République démocratique du Congo a en effet perdu plus de 500 000 hectares de forêts par an entre 1990 et 2000 et le Cameroun plus de 200 000 hectares (FAO, 2001). Bien que ce rythme de déforestation ne soit pas le plus élevé d’Afrique et que ces chiffres ne représentent qu’une fraction de la superficie forestière totale, ces pertes sont extrêmement nuisibles au fonctionnement et à la biodiversité des écosystèmes, ainsi qu’aux communautés locales. Des espèces sont menacées d’extinction ou ont disparu du fait des pertes d’habitats. Dans la République démocratique du Congo par exemple, 40 espèces de mammifères et 28 espèces d’oiseaux sont en voie de disparition (UICN, 2000a). Les populations, qui dépendent de ces espèces pour l’alimentation, le bâtiment, les produits médicinaux et comme source de revenus de subsistance, se voient contraints de trouver des solutions de remplacement ou de se passer de ces produits.
Ce phénomène limite de surcroît les perspectives de développement dans les domaines agricole, industriel et pharmaceutiques et affecte les économies à long terme. Il est par conséquent essentiel d’adopter des taux d’exploitation des produits forestiers plus viable afin de garantir une offre à moyen et long terme.
Outre les risques inhérents aux pertes d’habitats, le nombre d’espèces menacées d’extinction ne cesse d’augmenter du fait de la pollution et de la surexploitation d’espèces déterminées en vue de leur utilisation à des fins alimentaires, médicales et commerciales. A titre d’exemple, les gorilles, chimpanzés, mandrills, éléphants de forêt, buffles et antilopes sont de plus en plus menacés par la consommation de viande de brousse et par l’abattage illégal qui détruit une grande partie de leur habitat. Le drill (Mandrillus leucophaeus), l’un des primates africains les moins connus, est également l’un des plus menacés. L’espace dont il dispose est limité à certaines parties du Nigeria, du Cameroun et de l’île de Bioko en Guinée équatoriale. La chasse constitue une menace sérieuse pour les drills (Gadsby & Jenkins, 1998). Les savanes du nord du Cameroun offrent un habitat au Diceros bicornis longipes, une sous-espèce endémique du rhinocéros noir en voie de disparition. Le braconnage a réduit à moins de 20 individus leur population. Les guerres et soulèvements civils sont également des facteurs qui contribuent au déclin des espèces du fait de l’établissement de réfugiés dans les habitats forestiers, du braconnage illégal des soldats et des guérilleros, ainsi que de l’abattage des arbres à des fins d’entraînement militaire. La République démocratique du Congo et le Cameroun, les pays les plus riches en végétaux supérieurs, oiseaux et mammifères endémiques, comptent également le nombre le plus élevé d’espèces menacées d’extinction (tableau 2b.12). Le Gabon et le Cameroun abritaient en 1997 le plus grand nombre de végétaux classés en voie de disparition dans la sous-région (Banque mondiale, 2000).
| Tableau 2b.12 Espèces menacées d’extinction en Afrique centrale, 2000 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source : UICN, 2000a | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||