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Les espèces étrangères animales et végétales bouleversent massivement les écosystèmes naturels d’Afrique. En Afrique australe, l’introduction d’espèces étrangères d’arbres, destinés à l’origine à être plantés, constitue une source de préoccupation majeure. Le Catalogue of Problem Plants in Southern Africa (Wells, Balsinhas, Joffe, Engelbrecht, Harding & Stirton, 1986) répertorie 789 espèces dont certaines, comme l’acacia bleu et l’hakea sericea, étouffent la végétation naturelle au point de la faire quasiment disparaître. D’autres, comme le pin et l’eucalyptus, constituent une menace pour les ressources en eau dans la mesure où elles ont besoin de plus grandes quantités d’eau que les espèces naturelles et diminuent de ce fait le volume d’eau des fleuves et cours d’eau. D’autres espèces forment des massifs denses qui limitent la pénétration de la lumière dans les sous-bois, étranglant au sens physique du terme les espèces indigènes et entravant la régénération des semences indigènes. Ces répercussions ont pour effet d’amenuiser la diversité et la couverture des espèces végétales indigènes, et par conséquent d’altérer le fonctionnement de l’écosystème.
En Afrique australe, où le problème des espèces étrangères envahissantes, a été bien quantifié et documenté, quelque 180 espèces d’arbres et d’arbustes ont envahi la région sur 10 millions d’hectares (8 pour cent du territoire) (Versveld, Le Maitre & Chapman 1998). La diversité végétale de la région floristique du Cap est plus particulièrement menacée par les espèces envahissantes. Quelque 33 des 70 espèces végétales en voie de disparition sont des victimes potentielles des invasions de plantes ligneuses étrangères (Hall, De Winter & Van Oosterhout, 1980). Comme dans d’autres sous-régions, la jacinthe d’eau (Eichornia crassipes) est une plante envahissante qui pose problème en Afrique australe dans la mesure où elle forme de denses treillis qui obstruent les cours d’eau, perturbant les courants, limitant la quantité de lumière et de nutriments sous la surface des eaux, et créant ainsi un habitat impropre aux animaux et végétaux indigènes. La décomposition des formations de plantes nuisibles génère de mauvaises odeurs et conduit à l’eutrophisation des plans d’eau. Parmi les zones dans lesquelles sévit la jacinthe d’eau figurent les lacs Kariba et Chivero (Zambie/Zimbabwe).
Les informations disponibles sur la plupart des invertébrés, algues, bactéries et champignons d’Afrique australe et leur diversité génétique, font cruellement défaut. On présume par conséquent que nombre d’espèces de la sous-région disparaissent avant de pouvoir être nommées et décrites. A ce manque de connaissances sur la biodiversité vient se greffer une moindre acceptation ou documentation des connaissances autochtones par les instituts de recherche ou dans les publications. Les zones protégées, créées pour la plupart voilà plus de 30 ans sans que la population locale soit consultée, ont par conséquent été mises à l’écart sans que la diversité biologique qu’elles abritent ait été évaluée. Ainsi des aires peu importantes en termes de biodiversité sont-elles protégées, tandis que des zones de haute diversité le sont beaucoup moins. De plus, les agriculteurs, qui sont dépositaires d’une grande partie de la diversité biologique de la sous-région, sont rarement invités à partager la masse de connaissances dont ils disposent et qui va jusqu’à couvrir la diversité génétique des animaux et végétaux et les espèces animales et végétales sauvages qui constituent des ressources biologiques utiles pour l’humanité. Le manque de connaissance approfondie de la biodiversité de l’Afrique australe est en outre une source demécontentement croissant généré par l’accès non autorisé à la biodiversité et un moindre partage des avantages que retirent notamment les riches pays industrialisés. A titre d’exemple, s’il est important de reconnaître que l’élaboration d’un médicament est un processus coûteux, il est également essentiel d’atteindre des objectifs en termes de création de richesses qui profitent à tous ceux qui assurent la conservation de la biodiversité en concluant des partenariats au lieu de se laisser aller à dilapider les ressources biologiques.
Malgré les nombreuses menaces qui pèsent sur les ressources biologiques
d’Afrique australe, seule une espèce de mammifères a récemment
disparu (l’antilope bleue). Plusieurs sous-espèces se sont toutefois
éteintes. La disparition de l’antilope bleue a été
imputée à la concurrence des animaux d’élevage sur
les surfaces de pacage et à la chasse de subsistance. Le loup d’Abyssinie
compte lui aussi parmi les espèces menacées d’extinction
en Afrique australe et ne survit plus que dans de vastes zones protégées
(Ledger, 1990). De la même façon, le gypaète barbu a vu
sa population chuter dans cette sousrégion. Sa présence se cantonne
à présent à la chaîne de Drakensberg que se partagent
l’Afrique du Sud et le Lesotho. Le déclin des populations de gypaète
barbu a
souvent été imputé à la réduction du nombre
de ses proies, à l’évolution des pratiques d’élevage
et à la chasse. Au Lesotho, par exemple, l’oiseau est chassé
pour son plumage qui est utilisé dans les cérémonies traditionnelles.
Le nombre d’espèces végétales en voie de disparition
en Afrique australe ne cesse d’augmenter. Selon les estimations, 58 espèces
auraient disparu en 1995, contre 39 en 1980. Le nombre d’espèces
végétales menacées seraient en revanche passé de
105 à 250 sur la même période (Hilton-Taylor, 1996). Le
nombre d’espèces menacées en Afrique australe est indiqué
au tableau 2b.9. En termes de superficie, l’Afrique
australe compte la plus forte concentration d’espèces végétales
menacées au monde (Cowling and Hilton-Taylor, 1994). Une forte proportion
d’entre elles se trouve dans la région floristique du Cap et est
menacée par l’urbanisation rapide du Cap et de sa périphérie.
| Tableau 2b.9 Espèces menacées d’extinction en Afrique australe, 2000 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source: IUCN 2000a a | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||