AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

MENACES PESANT SUR LA BIODIVERSITE EN AFRIQUE ORIENTALE

Privées de leur habitat naturel, la faune et la flore sauvages se voient contraintes d’envahir les établissements humains ; les espèces envahissantes devenant alors des parasites agricoles, des prédateurs pour les animaux d’élevage et un danger pour les êtres humains, avant d’être menacés à leur tour par le piégeage, la chasse et l’empoisonnement. Il peut en outre en résulter un croisement des animaux sauvages avec les espèces domestiques, qui risque de modifier leur patrimoine génétique et de menacer les espèces concernées.

L’accélération rapide de l’essor démographique et les besoins en espace et en denrées agricoles qui en découlent, ainsi que la valeur économique de l’exploitation industrielle et commerciale, menacent la diversité biologique de l’Afrique orientale. Avec une croissance démographique d’environ 3 pour cent par an (Banque mondiale, 2000a), les pressions qui pèsent sur les ressources biologiques devraient s’intensifier dans un proche avenir.

La destruction des habitats naturels d’Afrique orientale constitue une menace pour la faune et la flore sauvages ainsi que pour les ressources biologiques qui sont les fondements de la survie des communautés locales et le pilier de l’économie de nombreux pays. Privées de leur habitat naturel, la faune et la flore sauvages se voient contraintes d’envahir les établissements humains ; les espèces envahissantes devenant alors des parasites agricoles, des prédateurs pour les animaux d’élevage et un danger pour les êtres humains, avant d’être menacés à leur tour par le piégeage, la chasse et l’empoisonnement. Il peut en outre en résulter un croisement des animaux sauvages avec les espèces domestiques, qui risque de modifier leur patrimoine génétique et de menacer les espèces concernées. L’Ethiopie est ainsi actuellement le théâtre du croisement du loup d’Abyssinie (Canis simiensis) avec des chiens domestiques (EPA/CPMM, 1997). Le loup d’Abyssinie est le canidé le plus menacé au monde. Outre les risques de croisement, les agents pathogènes canins courants chez les chiens domestiques constituent un danger supplémentaire pour cette espèce (Laurenson, Sillero-Zubiri, Thomson, Shiferaw, Thirgood & Malcolm
1998, Vigne, 1999). Les maladies propres à la faune peuvent, à l’inverse, se transmettre aux animaux domestiques. Des travaux de recherche couvrant le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda sont en cours pour modéliser les interactions entre les être humains, les animaux d’élevage, la faune et la flore sauvages.

Click to enlarge

Loup d’Abyssinie—espèce gravement menacée d’extinction

Michel Gunther/Still Pictures

La disparition des habitats naturels et des espèces pourrait avoir un impact négatif sur le tourisme, ainsi que sur les revenus en devises étrangères que cette activité génère. A court terme, toutefois, cette activité est davantage menacée par des problèmes de mauvaise publicité, d’insécurité et de pénurie d’infrastructures. Ces problèmes sont susceptibles de réduire le montant des revenus tirés du grand patrimoine naturel de cette sousrégion, raréfiant les investissements consacrés en retour aux zones de concentration de la biodiversité sur lesquelles repose l’industrie touristique.

L’absence de cadre juridique adapté à la protection a également contribué au problème de l’amenuisement de la biodiversité en Afrique orientale. Sur les 38 zones de conservation de la faune et de la flore sauvages que compte l’Ethiopie, seules deux sont classées et bénéficient autrement dit d’une protection juridique (EPA/CPMM, 1997). Les établissements humains empiètent sur les zones protégées que sont les parcs nationaux et réserves forestières du fait d’une faible capacité de surveillance et d’application de la loi par manque de ressources financières. Dans certains cas, des écosystèmes précieux ont subi des dommages irrémédiables. Ainsi, une grande partie du parc national Gambella est exploité à des fins de culture irriguée et une autre partie est occupée par des réfugiés soudanais (EPA/CPMM, 1997).

Tous les pays d’Afrique orientale ont signé et ratifié la Convention sur la diversité biologique. Les efforts entrepris pour respecter les dispositions de cette Convention sont cependant manifestement inadaptés, de même que les stratégies de gestion des zones protégées. Parmi les pays faisant exception figure l’Ouganda qui a élaboré un ensemble de plans en faveur des zones protégées, décrits ci-après. Dans les pays où des programmes ont été définis, il convient toutefois de souligner que leur mise en œuvre est souvent compromise pour des raisons financières. Les revenus élevés tirés du tourisme, une activité qui repose pourtant sur la conservation, sont affectés à d’autres activités plutôt que d’être investis dans des mesures de conservation complémentaires. Les ressources financières nécessaires pour assurer une conservation efficace par l’emploi d’un personnel équipé, correctement rémunéré et formé, de matériel de sécurité, de matériel d’évaluation et de surveillance, et par l’entretien des infrastructures sont insuffisantes.

Parmi les espèces menacées d’extinction en Afrique orientale figurent le chien sauvage d’Afrique, le zèbre de Grévy, le lion, le dugong, le rhinocéros noir, l’aigle impérial, l’aigle criard, l’eurylaime de Grauer, la tortue molle du lac Turkana, le crocodile à museau court et le Kyoga Flameback (Xystichromis) (UICN, 1997). Parmi les espèces les plus menacées figurent le loup d’Abyssinie (Canis simiensis) et différents primates : le gorille de montagne (Gorilla beringei beringei) dans la chaîne des monts Virungas, le colobe du fleuve Tana (Procolobus rufomitratus) et le cercocèbe agile du fleuve Tana (Cercocebus galeritus) au Kenya (Butynski, 2001 ; Mbora & Weiczkowski, 2001). En Ouganda, le braconnage du rhinocéros noir et du rhinocéros blanc du nord a conduit à l’extinction de ces espèces et les populations de grands mammifères seraient tombées de 141 300 bêtes dans les années 1960 à 41 000 environ en 1995 (MUIENR, 2000). Le tableau 2b.5 présente une synthèse de la situation.

Tableau 2b.5 Espèces menacées d’extinction en Afrique orientale, 2000
Pays Mammifères Oiseaux Reptiles Amphibiens Poissons Invertébrés Végétaux Total
 
Burundi 5 7 0 0 0 3 2 17
Djibouti 4 5 0 0 0 0 2 11
Erythrée 12 7 6 0 0 0 3 28
Ethiopie 34 16 1 0 0 4 22 77
Kenya 51 24 5 0 18 15 98 211
Rwanda 8 9 0 0 0 2 3 22
Somalie 19 10 2 0 3 1 17 52
Ouganda 19 13 0 0 27 10 33 102
 
Source: IUCN 2000a a

L’amenuisement de la biodiversité en Afrique orientale est accentué par le renouvellement des mandats institutionnels et par l’instabilité politique. En Ouganda et en Ethiopie, les guerres civiles prolongées ont détruit une grande partie des infrastructures nécessaires à la gestion des zones protégées. A titre d’exemple, quatre parcs nationaux éthiopiens ont vu leurs infrastructures disparaître complètement, y compris le matériel et les campements des gardes forestiers. En Ouganda, deux parcs sont actuellement fermés au tourisme et aux activités de gestion.

De nombreuses espèces animales et végétales étrangères introduites en Afrique orientale sont devenues envahissantes ou sources de problèmes. Parmi elles figurent notamment la tonne ciliée (Tonna ciliate), le cassia, l’acajou rouge, le mûrier à papier et diverses espèces d’eucalyptus. Comme indiqué plus haut, l’introduction de la perche du Nil dans le lac Victoria aurait entraîné la disparition de plus de 200 espèces de poissons endémiques. Parmi les mesures de restauration préconisées figurent la réduction de l’eutrophisation du lac et la création de « parcs à poissons ». La jacinthe d’eau (Eichornia crassipes) est une autre des espèces introduites qui provoquent des ravages dans le lac Victoria. Elle forme à la surface du lac de denses treillis, qui sont très dangereux pour les bateaux et empêchent l’écoulement de l’eau, limitant le passage des rayons du soleil et la quantité de nutriments accessibles aux espèces qui vivent sous la surface de l’eau. Lorsque la jacinthe d’eau s’éteint, elle libère de surcroît dans l’eau des composés nuisibles pour les autres espèces. La prolifération de la jacinthe d’eau risque en outre de bloquer les turbines de la centrale hydroélectrique des chutes d’Owen en Ouganda, et d’entraver le commerce et les activités de navigation, ainsi que de perturber les modes de pêche artisanaux (Olal, Muchilwa & Woomer, 2001). Le programme de gestion de l’environnement du lac Victoria (LVEMP, Lake Victoria Environmental Management Project), programme régional de gestion de la conservation financé par le FEM, contribue actuellement à accroître les revenus générés par les modes de pêche rentables et à combattre la prolifération de la jacinthe d’eau par le biais de méthodes de lutte biologiques, chimiques et manuelles.