AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

VERS UNE CONSERVATION ET UNE GESTION DURABLES DE LA BIODIVERSITE EN AFRIQUE DU NORD

Les cultures arabes ont par tradition œuvré en faveur de la conservation de la biodiversité comme en témoigne « Hema », la pratique traditionnelle bédouine de conservation des parcours et de gestion des zones de pâturage. Le retour aux modes de contrôle traditionnels des grands pâturages s’est avéré une stratégie de conservation et de restauration fructueuse, en Syrie par exemple, où un programme de coopératives a été mis en place sur plusieurs années. Le gouvernement a accédé aux demandes de contrôle des unités tribales sur les réserves de pâturage traditionnelles. A l’heure actuelle les deux tiers environ de la population bédouine de Syrie sont membres de coopératives hema et de programmes associés. Les participants à de tels programmes bénéficient d’une sécurité accrue et d’incitations au recours à des pratiques conservatrices. Les menaces pesant sur les ressources naturelles s’en trouvent de surcroît minimisées (Chatty D., 1998). Parmi les autres mesures de préservation figurent la constitution de réserves forestières ou « Harags », qui remontent à l’Egypte médiévale, et la protection des oasis au Maroc ainsi qu’en Andalousie (Draz, 1969 ; Kassas, 1972 ; Ghabbour, 1975 ; UNESCO, 1996). La chasse est interdite par l’Islam durant certains mois de l’année « Al- Ash-hur Al-Hurum ».

Plus récemment, des programmes ont été mis en place pour créer des zones protégées et des réserves de biosphère dans le cadre du réseau Arab Man and Biosphere (ArabMAB). Les réserves ArabMAB sont des zones couvrant des écosystèmes côtiers et terrestres dans lesquelles des solutions sont mises en œuvre pour favoriser la conservation de la biodiversité et son utilisation durable. Ces réserves sont au nombre de 12 en Afrique du Nord et occupent une superficie de 13 millions d’hectares environ.

A l’heure actuelle, il existe 72 zones sèches protégées en Afrique du Nord couvrant une superficie totale de plus de 15 millions d’hectares et 50 zones marines protégées (Banque mondiale, 2001a). La répartition nationale des zones protégées est indiquée au Tableau 2b.3, et celle des zones internationales au Tableau 2b.4. La préservation de nombreux autres sites a été proposée (Hegazy, Fahmy & Mohamed, 2001). Malgré ces efforts, la superficie totale officiellement déclarée protégée en Afrique du Nord reste toutefois inférieure à l’objectif de 10 pour cent fixé à l’échelle mondiale, même si certains pays s’emploient à porter à plus de 15 pour cent leurs zones protégées au cours des trente prochaines années.

Tableau 2b.3 Zones protégées au niveau national en Afrique du Nord
  Terrestres Marines
Pays Nombre Superficie (milliers d’ha) % territoire Nombre
 
Algérie 18 5 891 2.5 8
Egypte 16 794 0.8 18
Libye 8 173 0.1 5
Maroc 12 317 0.7 10
Soudan 11 8 642 3.4 2
Tunisie 7 45 0.3 7
Total 72 15 862 7.8 50
 
Source: World Bank 2001a
Tableau 2b.4 Zones protégées à l’échelle internationale en Afrique du Nord
Réserves de la biosphère* Sites classés au patrimoine mondial Sites Ramsar
Pays Nombre Superficie (milliers d’ha) Nombre Superficie (milliers d’ha) Nombre Superficie (milliers d’ha)
 
Algérie 3 N/A 1 N/A 13 1 866
Egypte 2 2 577 0 0 2 106
Libye 0   0 0 2 N/A
Maroc 2 N/A 0 0 4 14
Soudan 2 1 901 0 0 0  
Tunisie 4 32 1 13 1 13
Total 13 2 >13 22 >1 999
 

Certaines réserves de la biosphère font également partie des sites de la Liste du patrimoine mondial ou des sites Ramsar

Source : Ramsar, 2002 ; PNUD et al., 2000 ; UNESCO, 2002.

Entre 1993 et 1999, plus de 30 réunions régionales ont été organisées afin de promouvoir la coopération entre pays arabes en vue de la conservation de la biodiversité. La plupart des pays participants ont régulièrement pris part à ces réunions. En 1996, l’UICN a parrainé un programme régional en faveur de l’Afrique du Nord et la Ligue des Etats arabes a élaboré un programme de planification stratégique complet en vue de la réunion du Conseil des ministres arabes de l’Environnement en novembre 1997. La conservation transfrontalière est un problème qui suscite depuis peu un intérêt certain et des programmes de protection communs sont en cours d’élaboration entre l’Egypte et le Soudan, ainsi qu’entre le Maroc et l’Algérie.

Parmi les mesures de préservation par une exploitation durable des ressources figurent quatre projets pilotes élaborés par l’Office national algérien pour la conservation de la nature. L’un de ces projets vise à protéger, documenter et créer des pépinières de plantes médicinales, un autre à préserver et gérer les populations de guépards, et deux d’entre eux à sensibiliser les collectivités agricoles situées à l’intérieur et dans le voisinage de zones protégées. Le travail
effectué avec les communautés a permis un élargissement de l’utilisation et de la culture de variétés rustiques et une moindre exploitation des espèces de faune et de flore sauvages menacées.

En Egypte, chercheurs et agents de protection de la nature ont travaillé avec les Bédouins pour documenter et assurer la conservation des plantes médicinales. Ils ont publié un ouvrage sur les plantes médicinales de la flore sauvage d’Egypte et créé des pépinières avec les Bédouins pour tirer de l’exploitation durable de ces ressources une source de revenus (UICN, 2000b).

L’Association marocaine pour la protection de l’environnement a monté un projet avec les femmes des zones rurales afin de limiter les atteintes à l’environnement occasionnées par la collecte de bois de chauffage et de réduire le fardeau que représente pour les femmes la recherche et la collecte de bois. A titre de mesure provisoire, toutes les femmes d’un village ont reçu une cuisinière et des ateliers sont régulièrement organisés pour leur permettre de témoigner de leurs connaissances traditionnelles et promouvoir l’apprentissage de leurs compétences (UICN, 2000b).

Un projet récent financé par le FEM vise à préserver la biodiversité dans le parc national de Dinder, au Soudan, en favorisant la protection des espèces et l’exploitation durable des ressources par l’implication des communautés locales dans l’utilisation et la gestion des ressources naturelles. Le parc national de Dinder s’étend le long de la frontière soudanaise avec l’Ethiopie et constitue un habitat vital pour les espèces migratrices terrestres qui y vivent durant la saison sèche. Les vastes zones humides du parc sont autant de zones de refuge pour de nombreux oiseaux migrateurs. Le projet vise à élaborer et à mettre en œuvre un plan de gestion intégré, en partenariat avec les communautés environnantes les plus démunies et un partage équitable des avantages découlant de la conservation (UICN, 2000b). La faune et la flore du parc seront protégées. Il est également prévu de réintroduire des espèces qui ont été exterminées, comme le crocodile du Nil.

Pour être jugées acceptables et fructueuses, les mesures de conservation de la biodiversité en Afrique du Nord devront impérativement intégrer les connaissances modernes et les systèmes de protection traditionnels. Les pressions que font peser l’urbanisation, l’industrialisation, la croissance démographique, le recours abusif aux produits agro-chimiques, l’absence de contrôle des activités de pêche et de chasse devraient s’intensifier en Afrique du Nord au cours des dix années à venir. La protection des sites cruciaux et la création de parcs nationaux sont par conséquent devenus incontournables,
de même que le recours à des pratiques agricoles, de pêche et de foresterie écologiquement viables.