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| Formes de vie des récifs coralliens de la mer Rouge en Egypte Rafel Al Ma'ary / Still Pictures |
Les espèces nombreuses et variées de l’Afrique du Nord constituent une pépinière de ressources biologiques (Hegazy, 2000a, 2000b). La biodiversité végétale de la région a pendant des millénaires servi de pâturage aux troupeaux de chameaux, moutons et chèvres menés par des bergers nomades. Les progrès de l’agriculture ont favorisé l’exploitation de nombreuses variétés cultivées à haut rendement, adaptées à l’environnement aride qui prédomine dans cette sous-région. Certaines espèces contribuent aux modifications biotechnologiques visant à améliorer les applications industrielles, médicales et agricoles. Environ 70 pour cent des végétaux sauvages de la région présent une valeur potentielle : plus de 10 pour cent présente le potentiel nécessaire à une exploitation commerciale, 35 pour cent des végétaux utiles sont soit sous-exploités, soit susceptibles d’être utilisés à des fins diverses. Ces espèces polyvalentes et sous-exploitées pourraient constituer autant de ressources alimentaires, fourrage pour animaux d’élevage, éléments de fabrication de produits pharmaceutiques et être utilisés en médecine ainsi qu’en agro-sylviculture (Ucko & Dimbleby, 1969 ;
Parmi les dangers qui menacent les habitats naturels d’Afrique du Nord
figurent l’accroissement rapide de la population avec les besoins en espace
et en ressources qui en découlent, l’extension urbaine et agricole,
la pauvreté et une exploitation non durable du biote. L’épuisement
des ressources en eaux souterraines, problème commun à de nombreux
pays, a entraîné la dégradation et la disparition d’habitats
spécifiques aux zones humides uniques, ainsi que du biote qui leur est
associé. Des menaces naturelles comme la sécheresse risquent également
de modifier au fil du temps la dynamique
des écosystèmes et la composition des espèces.
Des menaces spécifiques pèsent sur cette sous-région.
Ainsi les monts Imatong sont-ils menacés par la guerre civile qui sévit
au Soudan, les feux de broussailles, l’exploitation du bois de chauffage
et l’affectation des terres à des fins de plantations agricoles.
La surexploitation menace plus particulièrement certaines espèces,
comme en témoigne l’abattage de l’acacia sénégal
au Soudan. Cet arbre produit la gomme arabique, dont le Soudan est le premier
producteur mondial. Dans les années 1970, les pouvoirs publics soudanais
ont créé une société chargée de contrôler
les prix et les exportations de gomme. Des politiques de tarification inadéquates
ont toutefois fait chuter les prix à la production et les agriculteurs
ont abattu leurs arbres pour en vendre le bois à des fins de chauffage.
Pour réduire le rythme de la déforestation, les pouvoirs publics
ont alors laissé les prix grimper de 300 pour cent au cours des deux
années qui ont suivi. Réalisant qu’ils pouvaient réaliser
des bénéfices économiques importants très rapidement,
les producteurs ont alors augmenté leur production au point que 80 pour
cent des arbres restants ont été inconsidérément
exploités et n’ont pas survécu (Larson & Bromley, 1991).
Parmi les autres menaces qui pèsent sur les espèces d’Afrique
du Nord figurent la pollution par les émissions industrielles et les
produits chimiques agricoles et la chasse. En Afrique du Nord, le guépard
(acinonyx jubatus) est menacé d’extinction par la chasse et la
réduction des effectifs de ses proies occasionnée par des sécheresses
récurrentes. Les habitats marins sont également menacés
par la surpêche, le tourisme de masse et l’invasion d’espèces
étrangères. Des espèces communes en mer Rouge ont récemment
été identifiées dans la Méditerranée, où
leur introduction (probablement lors du rejet des eaux de ballast des navires)
pourrait compromettre l’équilibre écologique. Des variétés
d’algues exotiques comme l’algue tueuse (caulerpa taxifolia) ont
également été trouvées dans la Méditerranée
et la mer Rouge, où elles forment des efflorescences toxiques.
L’introduction d’espèces génétiquement modifiées constitue une nouvelle menace pour la biodiversité. Elle peut en effet occasionner un amenuisement de la diversité génétique par hybridation, par concurrence ou par prédation (Hegazy, Diekman & Ayad, 1999).
Sous la pression des dangers susmentionnés, 139 espèces de mammifères,
d’oiseaux, de reptiles, d’invertébrés et de végétaux
sont actuellement menacées d’extinction en Afrique du Nord et chacun
des pays de cette sous-région a recensé la disparition d’au
moins une espèce animale (UICN, 2000a). Le Tableau
2b.2 présente une synthèse de la situation.
Le nombre des espèces disparues et menacées d’extinction devrait augmenter au cours des 30 prochaines années. Jusqu’à 5 pour cent des espèces végétales vont disparaître en Algérie et au Maroc, 16 pour cent des mammifères risquent de subir le même sort en Lybie et 13 pour cent en Tunisie. Environ 12 pour cent des espèces ornithologiques d’Egypte et de Lybie et 8 pour cent de celles du Maroc et de Tunisie sont menacées d’extinction. L’Egypte devrait pour sa part perdre 2 pour cent de ses espèces de reptiles. (CMCS, 1992 ; WWF & UICN, 1994 ; Banque mondiale, 1996).
| Tableau 2b.2 Espèces menacées d’extinction en Afrique du Nord, 2000 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source: IUCN 2000a | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||