AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

Mesure d’atténuation des risques de disparition des habitats naturels

Au cours des 30 dernières années, la principale mesure prise face aux menaces de perte d’habitats naturels a été d’augmenter le nombre et l’étendue des zones protégées. Si, dans un premier temps, la création de zones protégées n’a pas toujours été fondée sur une évaluation de la biodiversité ou l’identification des menaces pesant sur certains habitats, des outils comme les systèmes d’information géographique (SIG) ont ces dernières années été employés pour repérer les régions à protéger absolument, comme les habitats présentant des caractéristiques uniques ou les habitats extrêmement riches en espèces (Burgess, de Klerk, Fjeldså, Crowe & Rahbek, 2000). Le Tableau 2b.1 répertorie les zones protégées d’Afrique.

Tableau 2b.1 Zones protégées en Afrique, 1999
  Zones protégées au niveau national Zones protégées au niveau international
 
  Terrestres Marines   Réserves de biosphère* Sites classés au patrimoine mondial Sites Ramsar
  Nb

Superficie
(milliers d’ha)

%
Territoire
Nb   Nb Superficie
(milliers d’ha)
Nb Superficie
(milliers d’ha)
Nb Superficie
(milliers d’ha)
 
A. centr. 69 31 161 33.1 10   11 3 034 7 9 121 8 4 228
A. orient. 119 11 981 N/A 16   7 1 126 5 454 5 105
A. Nord 72 15 862 7.8 50   13 N/A 2 >13 22 >2 000
A. austr. 578 65 014 N/A 44   8 N/A 10 7 850 27 12 026
A. occid. 123 28 724 68.2 25   15 31 112 10 1 2003 37 3 674
I. ouest oc. I. 89 N/A N/A 3   3 N/A 3 N/A 4 53
Total 1050 N/A N/A 148   57 N/A 37 >29 441 103 >22 086
 
Source : Ramsar, 2002 ; PNUD et al., 2000 ; PNUD, 1999 ; UNESCO, 2002 Données non disponibles pour le Burundi, le Cap Vert, les Comores, Djibouti, Sao Tome & Principe, les Seychelles & le Swaziland
*Certaines réserves de la biosphère font également partie des sites de la Liste du patrimoine mondial ou des sites Ramsar

Seuls six pays d’Afrique (Botswana, Burkina Faso, Namibie, Rwanda, Sénégal et Tanzanie) ont dépassé l’objectif de protection fixé à 10 pour cent du territoire national (Banque mondiale, 2001). La protection d’une superficie déterminée par un pourcentage donné n’est toutefois pas la seule mesure de conservation. Des initiatives prises à l’échelle internationale et des partenariats régionaux ont permis d’assurer la conservation de la diversité biologique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des zones protégées. Les zones humides, par exemple, ont fait l’objet d’une grande attention suite à la signature de la Convention relative aux zones humides d'importance internationale, particulièrement comme habitats des oiseaux d'eau, signée à Ramsar en Iran, en 1971 (appelée « Convention de Ramsar »). Cette convention offre une structure de coopération nationale et internationale en vue de la conservation et de l’utilisation judicieuse des zones humides et de leurs ressources. Trente-trois pays africains sont parties à la Convention de Ramsar (février 2002) et l’Afrique compte 103 sites Ramsar couvrant une superficie globale de plus de 20 millions d’hectares.

Ces dernières années, les concepts de sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, de réserves de la biosphère et de parcs transfrontaliers ont eux aussi joué un rôle notable dans l’établissement de priorités en matière de conservation. Les sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial sont considérés comme revêtant une importance écologique et culturelle majeure à l’échelle internationale. Il en existe 35 en Afrique, couvrant au total 37 millions d’hectares (PNUD, PNUE, Banque mondiale et WRI, 2000).

Le concept de réserves de la biosphère, élaboré en 1971 par l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) et Conservation International, définit des réserves de biosphère afin de protéger des écosystèmes plutôt que des espèces déterminées. Les réserves de biosphère couvrent des zones dans lesquelles différents types d’activité humaine sont autorisés. Il existe actuellement 50 réserves de ce genre en Afrique, couvrant au total 52 millions d’hectares (PNUD et al., 2000).

Les parcs transfrontaliers sont des aires protégées qui dépassent les frontières nationales et pour lesquelles les activités de conservation et leurs retombées sont partagées par les pays concernés. Le premier de ces parcs, le parc transfrontalier de Kgalagadi, a été créé en 1998 à la frontière du Botswana et de l’Afrique du Sud, afin de permettre la libre migration des espèces dans le désert du Kalahari. Les zones protégées d’Afrique sont indiquées au Tableau 2b.1.

Les zones protégées ne répondent toutefois pas à l’ensemble des besoins de l’Afrique en termes de conservation de l’habitat naturel. Dans certains pays, la guerre, le braconnage, l’établissement de réfugiés et des populations locales sur des terres dont il revendiquent la propriété ont contribué à la dégradation et à la disparition de la végétation, de l’eau et de la composition taxinomique. L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour assurer la préservation des zones protégées constitue un obstacle majeur à l’efficacité de ces mesures. De plus, des craintes ont été formulées quant à la disparition potentielle d’espèces (ou leur extinction locale) dans ces zones si leur insularité s’accroît excessivement. Une étude a mis en évidence l’extinction locale de six espèces de grands mammifères diurnes dans des parcs tanzaniens au cours des 80 dernières années. Ce problème pourrait être atténué par la création de couloirs ou par une protection en dehors des parcs afin de favoriser la reconstitution de colonies (Newmark, 1999). Qui plus est, le but de la conservation des habitats est de permettre aux générations actuelles et futures de bénéficier des ressources et des services qu’ils procurent. Des programmes d’exploitation durable des ressources naturelles devraient par conséquent être envisagés en plus de l’interdiction de toute activité humaine dans certaines régions. Dans cette optique, des projets de gestion locale des ressources humaines (CBNRM) ont été mis en place dans certains pays d’Afrique comme le Zimbabwe, le Kenya et l’Ouganda. Ces programmes ont remporté un succès variable en termes de développement socio-économique des populations environnantes et de protection des habitats menacés (Hulme & Murphree, 2001).

On a également créé des réserves privées pour promouvoir la protection des habitats. Bien que l’efficacité de cette approche ait rarement été évaluée, des études menées en 1989 et en 1993 en Amérique latine et en Afrique concluent que les réserves privées sont des sources d’emploi substantielles et que leur rentabilité va en s’accroissant. Elles ont par ailleurs souligné la plus grande étendue des réserves africaines par rapport aux réserves d’Amérique latine (superficie moyenne de 11 436 ha). Une étude de suivi a conclu que les réserves privées étaient suffisamment efficaces et rentables pour poser les jalons d’un développement durable et servir de base de conservation (Alderman, 1991 ; Langholz, 1996).

Cinquante-deux pays africains ont signé la Convention sur la diversité biologique et la plupart ont témoigné de leur engagement au niveau national en mettant en place des plans d’action nationaux pour l’environnement (PANE) et des stratégies de conservation nationales. Les aides financières fournies par l’Union mondiale pour la nature (UICN), la Banque mondiale, le PNUE et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) du PNUD visent à permettre de surmonter certains de ces obstacles et à favoriser une coopération sous-régionale en matière de conservation.