AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives
François Suchel/Still Pictures

PRESENTATION REGIONALE

La diversité biologique ou « biodiversité » désigne les différentes formes animales et végétales vivantes présentes au sein des écosystèmes, des communautés, des espèces, voire au niveau génétique. La biodiversité est le plus souvent étudiée au niveau des espèces. Des caractéristiques comme la richesse en espèces (leur nombre), la diversité des espèces (leurs types) et leur endémisme (existence de certaines espèces dans une seule région du globe) deviennent alors les éléments de comparaison les plus précieux.

Seule une fraction des espèces peuplant la terre a été dénombrée et étudiée à ce jour. L’influence de ces espèces sur l’environnement est aujourd’hui encore souvent mal cernée. Les études menées se sont pour la plupart intéressées aux plantes et aux mammifères supérieurs vers lesquels ont également tendu l’essentiel des efforts de protection. Cette approche peut avoir pour effet de minimiser l’importance d’« organismes inférieurs » comme les bactéries, les insectes et les champignons qui jouent un rôle fondamental sur le plan écologique, par exemple, dans le cycle des nutriments ou dans la régulation de la qualité de l’air, de l’eau et des sols. Si leur rôle n’est pas mieux appréhendé, ces organismes risquent d’être relégués au second plan lorsque des mesures de protection ou une utilisation commerciale seront envisagées. Il est bon de souligner qu’un million environ des 1,75 million d’espèces décrites à ce jour sont des insectes et des myriapodes, et que leur nombre total est estimé à 8 millions environ. En d’autres termes, seul un huitième des variétés d’insectes et de myriapodes a été répertoriée à ce jour. On estime par ailleurs à 1,5 million les espèces de champignons, dont 72 000 ont été décrites, et à 1 million les différents types de bactéries, dont 4 000 seulement ont été décrits (CMSC, 2000).

La richesse naturelle de l’Afrique, fondement des systèmes économique et social de la région, réside dans la grande diversité et la profusion de ses ressources biologiques. Ces dernières jouent un rôle important à l’échelle mondiale, tant au niveau du climat de la planète que du développement de l’agriculture ou de secteurs d’activité comme l’industrie pharmaceutique, le tourisme ou le bâtiment, pour n’en citer que quelques-uns.

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Figure 2b.1 Carte de l’Afrique indiquant les points névralgiques existants et potentiels de biodiversité

Source: Conservation International

L’Afrique est en outre un continent qui, par ses caractéristiques géographiques et ses conditions climatiques extrêmes, abrite des formes de vie particulières. Les forêts tropicales humides d’Afrique équatoriale comptent au nombre des écosystèmes les plus productifs au monde avec une productivité primaire nette (PPN)—autrement dit un flux net de carbone atmosphérique stocké dans les végétaux verts— supérieure à 800 g carbone/m2/an. Elles abritent en outre 1,5 million d’espèces environ. Les régions arides d’Afrique figurent parmi les milieux les plus difficiles au monde. Le désert de Namibie, le Sahara et le Sahel, par exemple, ont une PPN de seulement 100 g carbone/m2/an (CMSC, 2000). Même dans des conditions aussi extrêmes, nombre d’espèces végétales et animales parviennent à s’épanouir.

Le concept de « points névralgiques de la biodiversité » mis au point ces dernières années est un moyen judicieux de classer les habitats par ordre de priorité en matière de protection (Myers, 1990). Ces points névralgiques sont des zones où se concentrent de nombreuses espèces. Ils se caractérisent en outre par un fort endémisme et des risques élevés d’extinction des espèces ou des habitats. Il existe 25 points névralgiques reconnus à l’échelle internationale, dont six en Afrique (Mittermeier, Myers, Gil & Mittermeier, 2000). Voici la description de ces derniers (pour une carte, voir la figure 2b.1) :


L’Afrique compte par ailleurs des régions qui abondent en espèces menacées d’extinction mais où l’endémisme est moindre. Ces « points névralgiques potentiels » de biodiversité comprennent les hauts plateaux éthiopiens, les forêts du Rift Albertine qui s’étendent de l’est du Congo, au Rwanda, au Burundi, jusque dans les zones limitrophes de l’Ouganda et du Kenya, les escarpements de l’ouest de l’Angola et les forêts du Miombo en Afrique australe (Mittermeier et al., 2000).

L’Afrique compte par ailleurs nombre d’habitats aquatiques d’une très grande diversité biologique. Les écosystèmes marins sont généralement plus diversifiés que les écosystèmes terrestres, ce qui est encore plus vrai dans les eaux tropicales, par rapport aux mers plus froides. Le littoral côtier de nombre de pays d’Afrique recèle de riches écosystèmes, tels des récifs coralliens, des étendues de joncs marins, des mangroves, des estuaires et des marais inondés (Martens, 1995). Les fleuves, lacs (d’eau douce et salée) et marais riverains, marécages de vallée, plaines d’inondation saisonnières, étangs et zones humides d’altitude où se forment des tourbières contribuent tous à la diversité des écosystèmes aquatiques d’Afrique, qui abritent une multitude d’espèces migratrices et résidentes (Harper & Mavuti, 1996).

Les frontières nationales et régionales actuelles de l’Afrique résultent d’activités géographiques et humaines souvent favorisées par des facteurs économiques ou politiques qui reflètent rarement les délimitations des systèmes écologiques. Cette distinction entre frontières politiques et écologiques n’est pas sans conséquence : lorsque les limites d’un écosystème dépassent le cadre des frontières territoriales, la protection des ressources naturelles de cet écosystème passe par la mise en place de stratégies de gestion coordonnées entre les pays et les régions concernés (Westing, 1993). Les disparités entre les limites écologiques et politiques impliquent en outre un chevauchement partiel de l’analyse des systèmes biologiques des régions auxquels il est fait référence dans ce rapport. Ainsi la Tanzanie fait-elle partie de la sousrégion de l’Afrique australe, mais partage avec le Kenya et l’Ouganda d’importants systèmes écologiques. Le cas de ce pays est par conséquent abordé à la fois dans les analyses relatives à l’Afrique australe et orientale.