POLITIQUE ENVIRONNEMENTALE
Bien que les années 1980 aient souvent été désignées
comme la « décennie perdue » pour l’Afrique, c’est
durant cette période que les gouvernements de la région unirent
leurs efforts pour mettre leurs pays sur la voie du développement durable.
Cette décennie fut marquée par diverses initiatives régionales
et mondiales qui exercèrent une grande influence sur la politique environnementale
de l’Afrique.
Emergence d’une volonté africaine commune
Les rencontres organisées sous l’égide de l’OUA,
telles que le Sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement
de 1980 qui conduisit à l’adoption du Plan d’action de Lagos,
permirent de mettre en lumière les difficultés auxquelles était
confrontée la région. Dans le Plan d’action de Lagos, les
dirigeants africains affirmèrent que « les immenses ressources
de l’Afrique doivent principalement être consacrées à
la satisfaction des besoins et des objectifs de son peuple ». Ils soulignèrent
également la nécessité de remédier à l’apparente
« dépendance totale de l’Afrique vis-à-vis de l’exportation
de matières premières » ainsi que de mobiliser l’ensemble
de ses ressources humaines et matérielles autour du développement
de la région » (OUA, 1980). Le Plan d’action de Lagos (voir
Tableau 1.4) est l’une des nombreuses mesures adoptées
par les pays africains qui définirent des objectifs soit qualitatifs,
soit quantitatifs. Malheureusement, nombre de ces objectifs n’ont pas
été atteints à ce jour.
| Tableau 1.4 Objectifs du Plan d’action de Lagos,
1980–2000 |
Problème |
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Action
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| Environnement |
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- Adopter un plan d’action prévoyant l’élaboration
de politiques, de stratégies, d’institutions et de
programmes consacrés à la protection de l’environnement.
- Utiliser les déchets urbains pour produire du biogaz
afin d’économiser de l’énergie, convertir
les détritus en compost, combattre les maladies d’origine
hydrique, lutter contre la pollution des eaux par les effluents
agricoles et industriels.
- Mettre en place des mesures de lutte contre la pollution marine
due aux déchets industriels terrestres et au transport
d’hydrocarbures.
- Appliquer un contrôle plus strict de l’exploitation
du poisson pratiquée par des transnationales étrangères
dans les zones d’exclusion économique.
- Lancer des programmes de réhabilitation des sites miniers
abandonnés par le déblaiement des résidus,
l’assèchement des étangs pour prévenir
les maladies hydriques et la lutte contre la pollution par les
métaux lourds.
- Implanter des postes de surveillance des polluants atmosphériques
issus de l’industrie, de la circulation automobile et des
générateurs électriques à charbon.
- Limiter l’importation d’industries polluantes (ciment,
raffineries pétrolières, tanneries, etc.).
- Créer des programmes nationaux d’éducation
environnementale.
- Améliorer la législation et sa mise en application
afin de protéger l’environnement.
- Planifier et gérer l’utilisation rationnelle des
ressources terrestres, aquatiques et forestières dans le
cadre de la campagne contre la désertification.
- Elaborer des approches novatrices de la gestion de la sécheresse
et de la lutte contre la désertification.
- Collecter et diffuser des données environnementales
afin de surveiller l’état de l’environnement.
- Favoriser l’élaboration de techniques d’exploitation
adéquate des ressources naturelles afin de prévenir
la pollution aquatique et atmosphérique.
- Favoriser l’élaboration de techniques de gestion
et d’exploitation des forêts et des prairies afin
de prévenir l’érosion, notamment éolienne.
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| Alimentation et agriculture |
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- Obtenir une réduction de 50 pour cent des pertes alimentaires
après récolte.
- Atteindre l’autosuffisance alimentaire dans les prochaines
décennies.
- Créer au niveau national des réserves alimentaires
stratégiques représentant 10 pour cent de la
production alimentaire totale.
- Augmenter la production des eaux africaines de 1 million de
tonnes d’ici 1985.
- Elaborer une politique alimentaire nationale dans chaque pays.
- Dresser un inventaire des ressources forestières.
- Promouvoir la recherche indigène et l’étude
des espèces indigènes dans les zones écologiques
présentant un intérêt particulier.
- Augmenter les zones de reboisement de 10 pour cent par an jusqu’en
1985.
- Accroître les réserves forestières de 10
pour cent d’ici 1985.
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| Ressources en eau |
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- Dresser un inventaire des sources d’eau de surface et
des nappes phréatiques.
- Elaborer des techniques de gestion des ressources en eau, à
savoir : collecter des données sur la disponibilité
et la qualité de l’eau, anticiper la demande dans
divers secteurs ruraux,mettre au point et appliquer des technologies
de régénération et de recyclage.
- Mettre au point des techniques de collecte de l’eau en
milieu rural, de distribution, d’irrigation, de traitement
des eaux polluées et d’élimination des eaux
usées.
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| Source: Field-Juma (1996), OAU (1995; 2001) |
Conférence des ministres africains de l’environnement
La première réunion de la CMAE, organisée par le PNUE
en étroite collaboration avec la Commission économique des Nations
Unies pour l’Afrique (CENUA) et l’OUA, se tint au Caire, en Egypte,
en décembre 1985. La création de la CMAE n’était
pas seulement la réponse directe de l’Afrique à la Conférence
de Stockholm de 1972, mais s’inscrivait également dans l’action
du PNUE face à la crise environnementale de la région. L’objectif
du programme de la CMAE, qui fut adopté au Caire, était de mobiliser
la coopération nationale, sous-régionale et régionale autour
de quatre axes prioritaires :
- stopper la dégradation environnementale ;
- accroître la capacité de production alimentaire de l’Afrique
;
- parvenir à l’autosuffisance énergétique ;
- corriger le déséquilibre entre la population et les ressources.
Le programme de la CMAE met l’accent sur les inégalités
environnementales, sociales et économiques, ainsi que sur leur impact
sur l’environnement. Il concerne également le rythme de la mondialisation
économique et son impact environnemental sur l’Afrique. La réunion
de la CMAE qui s’est tenue en 2000 à Abuja a marqué un tournant
pour l’organisation. Les gouvernements africains s’y sont engagés
à :
- examiner en permanence les mesures susceptibles de permettre à l’Afrique
de lutter contre les problèmes environnementaux, en particulier les
problèmes nouveaux et émergents ;
- constituer des capacités pour affronter les problèmes majeurs
;
- former des partenariats stratégiques avec le secteur public et privé,
la société civile, les organisations non gouvernementales (ONG)
et la communauté internationale lors de l’élaboration
et de la mise en œuvre des politiques et des programmes de la CMAE ;
- coordonner la mise en œuvre des traités environnementaux, dans
le respect des priorités en matière d’environnement et
de développement ;
- coopérer avec les organismes régionaux et sousrégionaux
compétents en vue de l’élaboration d’une position
commune pour le Sommet mondial sur le développement durable qui se
tiendra à Johannesburg en 2002.
Par le biais de son partenariat avec le PNUE, la CMAE s’est engagée
à surveiller en permanence l’état de l’environnement
africain ainsi que l’apparition de problèmes et de phénomènes
nouveaux. Elle s’est également fixé pour but d’émettre
des signaux d’alerte précoce et de promouvoirl’accès
des autorités et du public aux informations environnementales servant
de base à l’élaboration des politiques, aux interventions
programmatiques et aux actions destinées à assurer la sécurité
environnementale. Pendant près de 20 ans, la CMAE a contribué
à accroître la légitimité des préoccupations
environnementales dans le champ de la politique et de l’action des pouvoirs
publics, par le développement des organisations issues de la société
civile et leur participation aux activités environnementales nationales
et internationales. Parmi ses principales réalisations figurent notamment
:
- l’adoption en janvier 1991 de la Convention de Bamako sur les déchets
dangereux ;
- l’adoption en novembre 1992 à Abidjan de la Position commune
africaine, qui fut par la suite soumise au Secrétariat de la CNUED
;
- la création et la promotion de huit réseaux dans les domaines
suivants : veille environnementale, climatologie, sols et engrais, énergie,
ressources en eau, science et technologie, ressources génétiques
et éducation et formation à l’environnement ;
- la création de quatre comités liés au développement
et à l’amélioration de l’environnement des cinq
écosystèmes africains, à savoir : déserts et terres
arides, fleuves et bassins lacustres, forêts et zones boisées,
mers régionales, écosystèmes insulaires ;
- l’harmonisation de la position de l’Afrique sur les questions
environnementales mondiales par le biais de la Convention sur la diversité
biologique (CDB), de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements
climatiques (CCNUCC) et de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre
la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse
et/ou la désertification, en particulier en Afrique (CNULD) ;
- le renforcement de la coopération entre les Etats membres africains.