ORDRE DU JOUR ENVIRONNEMENTAL
Cinq ans après la création de l’OUA, en septembre 1968,
la Convention africaine sur la conservation de la nature et des ressources naturelles
fut adoptée à Alger. Le principal objectif de la Convention d’Alger
était d’encourager l’action individuelle et conjointe en
faveur de la préservation, de l’exploitation et de la mise en valeur
des sols, de l’eau, de la flore et de la faune pour le bien-être
présent et futur de l’humanité.
Le principe fondamental de cette convention est le suivant : « les Etats
contractants s’engagent à adopter les mesures nécessaires
pour assurer la conservation, l’utilisation et la mise en valeur des ressources
en sol, en eau, en flore et en faune, conformément aux principes scientifiques
et compte tenu du meilleur intérêt des populations. »
La Convention d’Alger exige également des parties qu’elles
entreprennent :
- d’adopter des mesures efficaces pour préserver et améliorer
les sols, mais aussi maîtriser l’érosion et l’exploitation
des terres ;
- d’instaurer des politiques pour préserver, exploiter et développer
les ressources en eau, prévenir la pollution et maîtriser la
consommation d’eau ;
- de préserver la flore et d’assurer son exploitation raisonnée,
de veiller à la bonne gestion des forêts et de limiter les brûlis,
le déboisement et le surpâturage ;
- de protéger la faune et d’assurer son exploitation raisonnée,
de gérer les populations et les habitats, de limiter la chasse, la
capture et la pêche et d’interdire l’utilisation de poisons,
d’explosifs et d’armes automatiques pour la chasse ;
- de surveiller étroitement le commerce des trophées afin de
prévenir le braconnage et le trafic d’espèces protégées
;
- de concilier le droit coutumier et la Convention.
Longtemps après la Convention d’Alger, l’ordre du jour
environnemental moderne—défini pour la première fois en
1972 lors de la Conférence de Stockholm sur l’environnement humain—influença
lui aussi les politiques et les programmes de la région dans ce domaine.
Par exemple, les gouvernements africains réagirent positivement aux problèmes
environnementaux d’envergure mondiale, régionale et sousrégionale
par la mise en œuvre de politiques spécifiques, même si leur
degré de réussite fut variable selon les sousrégions. A
l’échelon national, la Conférence de Stockholm
déboucha en 1975 sur la création du premier ministère de
l’Environnement dans ce qui était alors le Zaïre (l’actuelle
République démocratique du Congo). D’autres pays d’Afrique
suivirent cet exemple au cours des trois dernières décennies.
Au niveau mondial, la Conférence de Stockholm conduisit à la fondation
du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), dont le siège
se trouve à Nairobi.
Les questions environnementales, politiques, économiques et sociales
qui se posèrent à l’échelon international dans les
années 1960 et au début des années 1970 influencèrent
la préparation et les décisions finales de la Conférence
de Stockholm de 1972. Pour l’Afrique, la Déclaration de Stockholm
sur l’environnement humain fait figure de référence en matière
de « soft law » (droit non contraignant) sur les questions d’environnement
et de développement. Cette déclaration posa en effet des principes
fondateurs dans les domaines suivants :
- Droits environnementaux.
- Education à l’environnement.
- Droit souverain des Etats à « exploiter leurs propres ressources
» dans le cadre de leur propre politique environnementale et obligation
pour eux d’assurer que les activités menées sur leur territoire
ne nuisent pas à l’environnement des autres Etats.
- Appels en faveur de « l’élimination et de la destruction
complète » des armes nucléaires et de « tout autre
moyen de destruction massive ».
- Dénonciation de « l’apartheid, la ségrégation
raciale, la discrimination, le colonialisme et d’autres formes d’oppression
et de domination étrangère ».
- Importance accordée à la préservation de la nature,
y compris de la faune et de la flore sauvages, dans la planification du développement
économique.
- Exploitation durable des ressources non renouvelables afin qu’elles
bénéficient à l’ensemble de l’humanité.
- Reconnaissance de la nécessité de fournir « des quantités
substantielles d’aide financière et technologique » aux
pays en développement, afin de
remédier aux faiblesses environnementales provoquées par le
sous-développement et les catastrophes naturelles.
- Nécessité de veiller à ce que les politiques environnementales
de tous les pays améliorent le potentiel actuel ou futur des pays en
développement
au lieu de lui nuire.
- Planification rationnelle permettant d’éliminer les conflits
entre les besoins en développement et la nécessité de
protéger et d’améliorer l’environnement.
- Politique démographique appropriée « ne nuisant pas
aux droits humains fondamentaux ».
- Utilisation de la science et de la technologie pour identifier, prévenir
et maîtriser les risques environnementaux.
| Encadré 1.2 Un nouveau souffle
pour la gestion mondiale de l’environnement |
| « L’une de nos
responsabilités primordiales lors de cette conférence
consiste à publier une déclaration internationale
sur l’environnement humain, un document dénué
d’impératifs législatifs contraignants
mais doté, nous l’espérons, d’une
autorité morale qui éveillera, dans le cœur
des hommes, le désir de vivre en harmonie entre eux et
avec leur environnement. »
|
| Professeur Mostafa K. Tolba,
président de l’Académie de la recherche scientifique
et de la technologie et chef de la délégation égyptienne
à la Conférence de Stockholm sur l’environnement
humain (1972) |
|
Comme le déclara le professeur Mostafa K. Tolba
(qui allait devenir le deuxième directeur exécutif du PNUE) pendant
la Conférence de Stockholm de 1972, celle-ci ravivait l’esprit
d’harmonie entre les hommes et la nature qui régnait autrefois
en Afrique (Encadré1.2). Outre la Convention d’Alger,
les pays africains sont signataires de certains des accords internationaux suivants,
adoptés dans les années 1970 :
- Convention de 1971 relative aux zones humides d'importance internationale,
particulièrement comme habitats des oiseaux d'eau (Ramsar).
- Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel
et naturel (Convention du patrimoine mondial)
- Convention de 1973 sur le commerce international des espèces de faune
et flore sauvages menacées d'extinction (CCIEM)
- Convention de 1979 sur la conservation des espèces migratrices (CEM).