AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

HISTORIQUE

Depuis des temps immémoriaux, l’environnement est étroitement lié à la vie des populations africaines. Au sein de communautés diverses et variées, des valeurs traditionnelles ont de tout temps gouverné les interactions entre l’homme et l’environnement ainsi que les méthodes d’exploitation et de gestion des ressources naturelles. Dans de nombreuses sous-régions, il existe un lien fort entre la population et ces ressources, dont des mécanismes traditionnels régulent la gestion. L’encadré 1.1 met en lumière la façon dont ces règles ancestrales ont facilité l’exploitation et la préservation des ressources dans certaines régions d’Afrique.

Encadré 1.1 Les gardiens de la tradition

Des règles ancestrales régentaient autrefois l’accès des populations africaines aux ressources naturelles. Ces règles interdisaient par exemple l’abattage de certains arbres, certaines méthodes de cueillette, la récolte de certains fruits et autres produits dérivés des arbres ou encore l’accès à des zones boisées ou à des montagnes sacrées.

L’abattage des arbres fruitiers était notamment prohibé. Au Zimbabwe, il était presque inconcevable pour quiconque soumis au régime foncier traditionnel de couper un Uacapa kirkiana sans l’autorisation expresse des gardiens des terres. D’autres essences, telles que Sclerocarya birrea et Parinari curatellifolia, étaient directement liées aux esprits et aux rites ancestraux; elles étaient protégées par un système pénal séculaire appliqué par le chef et ses descendants.

Les règles traditionnelles relatives à la cueillette des fruits facilitaient la préservation des arbres fruitiers. La plupart des fruits devaient être récoltés pour un usage domestique et non commercial. Parmi ces règles figuraient notamment :

  • Ne jamais cueillir un fruit [de Uacapa kirkiana] à deux mains.
  • Secouer l’arbre ou bien utiliser une pierre ou un autre instrument pour déloger le fruit.
  • Ne pas jurer ni exprimer sa satisfaction concernant la quantité ou la qualité des fruits.


D’autres règles limitaient la quantité de fruits verts pouvant quitter la forêt, afin que la cueillette n’endommage pas les arbres. La croyance populaire voulait que si l’un de ces délits était commis, la personne qui s’en était rendue coupable disparaîtrait dans la forêt.

En matière de gestion forestière, les règles traditionnelles allaient encore plus loin, puisque l’abattage des arbres était interdit dans certains lieux. La désignation de ces lieux et leur protection étaient du ressort du gardien des terres.

Source: SADC/IUCN/SARDC 2000

La région est également riche en systèmes de connaissances indigènes, dont certains ont survécu à deux des grands événements qui ont contribué à modeler l’Afrique moderne : l’esclavage et la colonisation.

Le commerce des esclaves entraîna le transport à travers l’océan Atlantique de millions d’Africains employés comme ouvriers dans les plantations d’Amérique du Nord, d’Amérique latine et des Caraïbes ou comme domestiques en Europe. Sur la côte orientale et occidentale de l’Afrique, ces esclaves étaient troqués par les Arabes et les Européens contre des produits de base tels que le tissu, la poudre, le sel et les perles.


L’abolition de l’esclavage fit naître une nouvelle forme de commerce. La découverte de vastes « territoires vierges » et de riches réserves d’or et d’autres minéraux à l’intérieur des terres incita les européens à explorer l’Afrique, dont les immenses ressources naturelles allaient fournir des matières premières à bas prix aux industries européennes. Des chartes furent établies avec les chefs indigènes, qui offrirent de vastes terres aux Européens en échange d’une promesse de protection contre les invasions armées et de fourniture de produits européens. Une nouvelle forme d’asservissement, le colonialisme, s’implanta en Afrique. Le pillage de ses ressources naturelles et de son environnement commença, conduisant les pays d’Europe à se disputer les colonies.

Les politiques coloniales débouchèrent sur des conflits accrus entre les utilisateurs et sur des atteintes environnementales. L’exploitation du bois de chauffe et de construction, la conquête de terres arables et de pâturages, ainsi que l’urbanisation provoquèrent la destruction des forêts naturelles. Les politiques coloniales en matière de forêts mirent plutôt l’accent sur les plantations, afin derépondre aux besoins croissants et spécifiques de l’industrie et du commerce européens. Cette pratique conduisit à une diminution de la biodiversité, les espèces indigènes étant supprimées dans de vastes zones et remplacées par des essences exotiques. A l’époque coloniale, les populations africaines n’eurent guère leur mot à dire concernant la manière dont leurs ressources étant exploitées et bénéficièrent peu des atouts naturels de la région.

La situation a toutefois changé, en particulier au cours des 30 dernières années, grâce à l’accession à l’indépendance et à l’adoption de politiques et de programmes nationaux dans le domaine social, politique, économique et environnemental. Bien que des progrès aient été accomplis sur de nombreux fronts, bien des problèmes subsistent. Certains des événements qui ont contribué à ordre du jour socio-économique et environnemental de l’Afrique sont abordés dans les sections suivantes.