Le rapport sur l’Avenir de l’environnement en Afrique (AEO) propose une analyse complète et intégrée de l’environnement en Afrique. Il contient une évaluation détaillée de l’état actuel de l’environnement dans la région, indique les évolutions environnementales prévisibles et étudie l’interaction complexe entre les événements naturels et l’impact des actions humaines sur l’environnement. Dans ce contexte, le rapport analyse les effets des modifications de l’environnement en termes de vulnérabilité des hommes et de sécurité, présente un ensemble d’hypothèses concernant l’avenir de l’Afrique et donne des recommandations sur des mesures concrètes pour guider la région vers le scénario le plus favorable.
L’AEO est axé sur une période historique de 30 ans débutant avec la Conférence des Nations Unies sur l’environnement humain qui s’est tenue à Stockholm (Suède) en 1972. Néanmoins, la dégradation actuelle de l’environnement en Afrique est en grande partie la conséquence de périodes plus sombres, comme celle du commerce des esclaves et du colonialisme. L’AEO possède donc une importante dimension historique et aborde cet héritage pour illustrer comment le cours de l’histoire a souvent éclipsé les connaissances et le mode de vie traditionnel des africains, qui étaient intrinsèquement plus respectueux de l’environnement que certaines formes modernes de développement.
Le « vent du changement », qui a commencé
à souffler sur l’Afrique au début des années 1960
pour culminer avec la lutte pour l’indépendance des pays africains,
est également décrit. Une bonne compréhension de ce processus
est essentielle pour apprécier l’émergence d’une volonté
commune africaine de résoudre les problèmes concernant les changements
environnementaux et le
développement durable.
Dans les années 70, la conférence de Stockholm
(1972) a grandement contribué à placer les préoccupations
environnementales au premier plan du débat social et politique sur l’ensemble
de la planète. Les conclusions de la conférence ont permis de
définir un programme d’action moderne en faveur de l’environnement
en Afrique et dans le monde entier. Toutefois, ces conclusions revêtent
peut-être une signification particulière pour l’Afrique.
Tout d’abord, elles stipulent clairement qu’un environnement sain
est un
droit fondamental qu’il est impossible d’obtenir tant que l’apartheid,
la ségrégation raciale et la domination coloniale persistent.
Enfin, elles demandent la protection des ressources de la terre au nom des générations
actuelles et futures. Cet appel a connu un écho immédiat dans
une région qui se libérait de ses liens coloniaux et dont la population
en grande partie pauvre doit directement compter sur les ressources naturelles
pour trouver ses moyens d’existence. L’AEO décrit les efforts
consentis par les organisations, les institutions et les gouvernements d’Afrique
durant cette période pour répondre au défi constitué
par cet appel, pour traduire une volonté commune en gestion prudente,
planifiée et pertinente des vastes ressources naturelles de l’Afrique
et pour essayer d’orienter la région vers la voie du développement
durable.
Les causes des changements environnementaux survenus jusqu’en
2002 sont examinées. Elles comptent notamment des facteurs liés
à la politique et à la gouvernance. L’impact des modifications
de l’environnement sur le fonctionnement des écosystèmes
et
sur le développement économique et social est également
pris en compte dans sept domaines principaux.
Atmosphère : L’Afrique est particulièrement vulnérable
à la variabilité du climat et aux changements climatiques. Les
variations des précipitations ont engendré des sécheresses
et des inondations, ayant souvent des conséquences désastreuses
pour les populations et pour l’environnement. Les conséquences
prévisibles du changement climatique mondial, à savoir une aggravation
de l’impact des sécheresses, de la désertification, des
inondations et de l’élévation du niveau des mers, peuvent
empirer la situation des peuples d’Afrique, bien que les émissions
de gaz à effet de serre soient, dans l’ensemble, négligeables
dans la région. L’analyse des conséquences d’activités
telles que la déforestation, l’aménagement inadapté
du littoral et la mauvaise gestion des terres, montre qu’elles peuvent
aggraver les effets de la variabilité du climat et des changements climatiques.
La qualité de l’air est une source de préoccupation nouvelle
dans plusieurs pays africains, notamment dans les zones urbaines en expansion
où la concentration des populations, des industries et des véhicules
provoque une augmentation de la pollution atmosphérique.
Biodiversité : Les ressources biologiques de l’Afrique
déclinent rapidement en conséquence de la destruction des habitats,
de la surexploitation de ressources spécifiques et d’activités
illégales. La protection institutionnalisée a été
renforcée à l’échelon national et international au
cours des 30 dernières années. Toutefois, des mesures supplémentaires
sont nécessaires, telles que davantage de recherches et de publications,
notamment en ce qui concerne les connaissances indigènes, la mise en
place de stratégies durables d’exploitation et de commerce, une
implication plus importante des parties prenantes et un partage plus équitable
des bénéfices.
Habitats marins et côtiers : En Afrique, les ressources et les
habitats marins et côtiers sont menacés par la pollution, la surexploitation
des ressources, l’aménagement inadapté du littoral et la
mauvaise gestion des terres de l’intérieur. La pollution par les
hydrocarbures représente une menace importante pour les ressources, les
habitats et les économies situés le long du littoral africain.
Des politiques et des règlements en faveur du développement durable
du littoral et de l’utilisation des ressources marines sont déjà
en vigueur, mais ils exigent des ressources durables comme du personnel qualifié,
des équipements, des ressources financières et davantage d’efficacité
en matière de contrôle, surveillance, administration et application.
Forêts : L’Afrique possède le plus fort
taux de déforestation au monde. Outre son impact écologique, la
déforestation est également synonyme de perte définitive
de ressources primordiales, situation provoquant la perte des moyens d’existence
et de sources d’énergie essentielles pour les communautés.
L’engagement politique en faveur de la protection des forêts indigènes,
des pratiques d’exploitation durables et des droits de propriété
des communautés doit être renforcé. Le développement
de sources d’énergie de rechange constitue également une
priorité. ? Eau douce : Le manque de disponibilité et la qualité
insuffisante de l’eau douce représentent les deux entraves principales
au développement de l’Afrique, car elles limitent la production
alimentaire et les activités industrielles et jouent un rôle majeur
dans le fardeau des maladies.
Terres : La dégradation des sols et des ressources végétales
est essentiellement le résultat des pressions démographiques croissantes,
de politiques inéquitables en matière d’accès aux
terres et de régime foncier et enfin d’une pauvreté généralisée.
Les conséquences sont multiples : diminution des récoltes agricoles
affectant les économies et la sécurité alimentaire, désertification
des zones arides suscitant une concurrence pour les ressources restantes et
augmentation des sources potentielles de
conflit. La réforme foncière, la coopération internationale
et l’intégration de la gestion des ressources terrestres aux objectifs
de développement sont nécessaires.
Urbanisation : Bien que la majorité des Africains vivent actuellement
dans des zones rurales, les taux de croissance urbaine dans la région
comptent parmi les plus élevés de la planète. Une faible
croissance économique et des investissements insuffisants en infrastructures
n’ont pas permis d’assurer la fourniture de logements et de services
de base dans les zones urbaines pour faire face au taux de migration intérieure,
avec pour conséquence une prolifération de l’habitat précaire
dans l’Afrique urbaine.