AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AVANT-PROPOS

Il y a environ vingt ans, les ministres de l’environnement africains se sont rencontrés au Caire pour poser les fondations de la Conférence des ministres africains de l'environnement (CMAE), le principal forum du continent chargé de définir les perspectives de l’Afrique en matière d’environnement et de trouver sa place sur la scène mondiale. La création de la CMAE s’inscrit dans un contexte de détérioration de l’état de l’environnement et d’accentuation des inégalités sociales et économiques, ainsi que de leur impact sur l’environnement des régions. Néanmoins, dès le début, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) ont fortement encouragé le travail de la CMAE en tant que voix de la conscience environnementale de la région. Ils ont ainsi mis en évidence l’interdépendance existant entre l’environnement, les questions sociales et économiques et l’engagement politique pour travailler de concert en faveur du bien-être des populations africaines.

Malgré les succès enregistrés depuis sa création, la CMAE est encore confrontée à des défis intimidants, parmi lesquels nous pouvons citer l’harmonisation des problèmes environnementaux sous-régionaux et régionaux pour qu’une attention comparable soit apportée à tous ces niveaux, la traduction des préoccupations environnementales mondiales en plans d’action concrets, réalisables et exécutables à l’échelon national, sous-régional et régional, le positionnement de la CMAE par rapport aux nouveaux problèmes au niveau régional et mondial (Union africaine, NPDA, etc.), le renforcement du rôle de la CMAE pour défendre les causes au sein du nouvel ordre économique mondial et notamment pour exprimer les préoccupations de l’Afrique dans les organismes internationaux (OMC, FMI, Banque mondiale, etc.) qui commencent à accorder de l’importance aux considérations environnementales lors de la prise de décisions, ainsi que le statut prioritaire qui devrait être accordé aux questions environnementales dans le cadre des processus de développement national.

Les efforts de la CMAE pour résoudre ces problèmes constituent le sujet du premier rapport exhaustif jamais rédigé sur l’état de l’environnement en Afrique : l’Avenir de l’environnement en Afrique (AEO, Africa Environment Outlook). Ce rapport, spécialement commandé par la CMAE, retrace les évolutions en matière d’environnement et de développement survenues depuis la Conférence des Nations Unies sur l’environnement humain de 1972. Il propose également une analyse complète sur l’état et l’évolution de l’environnement en Afrique ainsi que sur l’impact des politiques, lois et accords régionaux, suggère des solutions politiques de rechange pour l’avenir et recommande enfin des actions politiques concrètes de suivi au niveau national et sous régional.

Aspect non négligeable, nous espérons que ce rapport donnera à la CMAE l’occasion d’évaluer les performances et l’efficacité de ses politiques depuis ses débuts en 1985, d’envisager l’avenir et de tenir compte des nombreuses options politiques à l’échelon national, sous-régional et régional et qu’il lui servira de base pour redéfinir ses priorités et ses programmes en fonction des résultats et des recommandations figurant dans le présent rapport. L’AEO met également l’accent sur plusieurs problèmes majeurs qui seront discutés lors du Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) qui doit avoir lieu à Johannesburg (Afrique du Sud) à la fin du mois d’août 2002.

Il constitue la base sur laquelle l’Afrique et ses partenaires de coopération, à la fois bilatérale et multilatérale, peuvent s’appuyer pour déterminer la meilleure façon d’aborder certains des problèmes les plus urgents auxquels l’Afrique est confrontée. Nous souhaitons également que des initiatives nouvelles, sous l’égide de l’Union africaine et du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NPDA) et de sa composante environnementale, soient en mesure de tirer parti des informations contenues dans ce rapport, et notamment des recommandations politiques, pour promouvoir leurs programmes de travail futurs. Ces nouvelles initiatives représentent un défi pour le processus de l’AEO à l’avenir, alors que le paradigme de développement africain va se modifier au-delà du SMDD.

La réussite du processus de l’AEO exige une mention spéciale étant donnée l’approche exceptionnelle adoptée pour la production du rapport. Celui-ci a permis la participation d’un grand nombre de parties prenantes et leur responsabilisation, dans une certaine mesure, suscité un consensus sur plusieurs problèmes et résultats, et clairement démontré le besoin de construire à partir du bas. C’est grâce à cette approche unique que l’AEO a établi une base solide pour harmoniser les processus d’établissement de rapports et d’évaluation intégrée de l’environnement en Afrique. A court terme, nous espérons que les méthodes d’évaluation et d’établissement de rapports pourront être adoptées et totalement incorporées aux pratiques de gestion de l’environnement au niveau des pays.

L’élaboration de l’AEO témoigne clairement de la capacité de l’Afrique à entreprendre par elle même un travail scientifique spécialisé au lieu de compter sur les institutions implantées dans le Nord pour analyser, définir et formuler des recommandations sur les problèmes la concernant directement. L’AEO est le point de départ de la renaissance africaine en matière d’environnement.

Je suis persuadé que le présent rapport sera utile à tous ceux qui souhaitent parvenir au développement durable en Afrique en faveur des générations actuelles et futures.

 


Muhammad Kabir Sai'd

Président,
Conférence des ministres africains de l’environnement (CMAE)